Dans l'histoire de l'anime, certains noms brillent moins que d'autres. Gisaburo Sugii est l'un de ces cas. Formé chez Mushi Pro aux côtés d'Osamu Tezuka, ce réalisateur a développé un style propre où la pause et le paysage ont autant de poids que les personnages. Son œuvre la plus connue, Night on the Galactic Railroad, est une expérience visuelle et philosophique que peu oublient. Mais il fut aussi responsable de l'adaptation de Street Fighter II au cinéma, démontrant que sa sensibilité artistique pouvait s'appliquer à n'importe quel matériau.
La technique de l'animation contemplative : cellulos et silences 🎨
Sugii a travaillé à une époque où l'animation se faisait à la main, avec des cellulos en acétate et des décors peints à l'aquarelle. Sa méthode était inhabituelle : il consacrait autant de temps aux décors qu'aux personnages, réalisant une symbiose visuelle. Dans Night on the Galactic Railroad, les paysages nocturnes ressemblent à des tableaux en mouvement, avec des transitions lentes qui obligent le spectateur à observer. Cette technique, qui semblerait aujourd'hui anti-économique, était sa façon d'explorer des thèmes comme la mort ou le passage du temps. L'animation numérique a rendu le processus plus efficace, mais peu de réalisateurs actuels comprennent la valeur du silence visuel comme lui.
Quand un poète de l'anime a dû animer Ryu et Ken 🥊
Imaginez le réalisateur d'un film philosophique sur des chats et des trains stellaires recevant la commande d'adapter Street Fighter II. Le résultat fut étrangement fascinant : Sugii a traité les combats avec le même sérieux qu'un drame existentiel. Les personnages transpirent, regardent l'horizon et ont même des moments d'introspection entre les coups de pied volants. Bison ressemble à un méchant de Bergman. Le film est un objet rare : un film de combat qui se prend trop au sérieux, mais qui précisément pour cela est devenu un classique culte.